urbania

projet d'architecture et de typographie (dit-elle)

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18.4.02
 
ville et poésie

 
andré breton et la ville :

Tournesol

La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l'été
Marchait sur la pointe des pieds
Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
Que seule a respiré la marraine de Dieu
Les torpeurs se déployaient comme la buée
Au Chien qui fume
Ou venaient d'entrer le pour et le contre
La jeune femme ne pouvait être vue d'eux que mal et de biais
Avais-je affaire à l'ambassadrice du salpêtre
Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée
Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
La dame sans ombre s'agenouilla sur le Pont-au-Change
Rue Git-le-Coeur les timbres n'étaient plus les mêmes
Les promesses de nuits étaient enfin tenues
Les pigeons voyageurs les baisers de secours
Se joignaient aux seins de la belle inconnue
Dardés sous le crêpe des significations parfaites
Une ferme prospérait en plein Paris
Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
Mais personne ne l'habitait encore à cause des survenants
Des survenants qu'on sait plus devoués que les revenants
Les uns comme cette femme ont l'air de nager
Et dans l'amour il entre un peu de leur substance
Elle les interiorise
Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielle
Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres
Un soir près de la statue d'Etienne Marcel
M'a jeté un coup d'oeil d'intelligence
André Breton a-t-il dit passe

(c'est le fameux poème donné à Reverdy qui se réalise quelques années plus tard et dont il relate l'histoire dans l'amour fou) ...

 
marguerite et la ville :

Comment me serais je doutée que cette ville était faite à la taille de l´amour ?
Comment me serais je doutée que tu étais fait à la taille de mon corps même ?

(hiroshima mon amour)

...

rené char et la ville :

Allégeance

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.

Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima.

Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidelité.
Il dessine l'espoir, puis, léger, l'éconduit.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma liberté est son trésor!
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor,
Ma solitude se creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima
Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas!

...







 
accessoirement, ville et cinéma :

- fritz lang : metropolis
(la ville-monstre)

- alain resnais : hiroshima mon amour
(ville-mémoire etc)
je savais bien qu'y avait du marguerite dans l'air...

- truffaut : la série antoine doinel, c'est très "esprit du 9ème arrondissement"
et dans l'ensemble les films de la nouvelle-vague sont très "parisiens" aussi...

- certains films asiatiques je trouve, expriment assez bien l'idée corps de la ville/corps de l'homme :
ex - in the mood for love, ou encore millenium mambo

ça part dans tous les sens, là...






17.4.02
 
sur paris -
les errances :
aragon: dans le paysan de paris("voir paris avec les yeux d'un paysan")
aragon qui fait aussi de très très belles pages sur la Seine dans aurélien (la Seine méandreuse se fondant à sa pensée, personnifiant Bérénice, l'amour, la mort)
un truc très intéressant aussi dans aurélien, c'est la fixation d'aurélien pour ce vers de racine : j'allais errant dans césarée...

breton : l'amour fou (itinéraire nocturne au pied de la tour saint-jacques...)

flaubert : l'éducation sentimentale (rien que de belles errances...)

le paris dangereux, vivant, nocturne, populaire :
victor hugo tout de même : notre-dame de paris
eugène sue : les mystères de paris

sur new york -
de nouveau le thème des errances :
paul auster : trilogie
l-f céline : l'arrivée à new york
salinger : the catcher in the rye

reste à voir du côté de la théorie/critique...
et marguerite duras a bien du pondre un texte sur la ville/corps, sinon je le ferai à sa place...

---sleep tight---


16.4.02
 
hum si tu vois d'autres textes qui parlent de la ville... Breton peut-être ?

 
trouvé dans mon courrier :

Une ou plusieurs personnes se livrant à la dérive renoncent, pour une durée
plus ou moins longue, aux raisons de se déplacer et d¹agir qu¹elles se
connaissent généralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur
sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des
rencontres qui y correspondent. La part de l¹aléatoire est ici moins
déterminante qu¹on ne croit : du point de vue de la dérive, il existe un
relief psychogéographique des villes, avec des courants constants, des
points fixes, et des tourbillons qui rendent l¹accès ou la sortie de
certaines zones fort malaisés.
Guy Debord


 
bon bah il y a de quoi faire, j'aime bien l'ensemble parisien, genre journal décousu de loin en loin, ça marche bien ensemble, sauf que ça sent l'extrait, que tu as fais des coupures. A toi de voir si tu veux conserver l'effet 'parties pas trop intimes de journal intime', avec l'idée sous-jacente que tu caches des choses au lecteur, ou si tu veux en rajouter un p'tit chouille... Moi j'aimerais assez que tu insistes un petit peu plus sur l'impact sensible de la ville sur toi, que tu laisses un peu de côté pour la description, mais qui transparaît ici et là (qd tu dis que ça te fait mal à la tête, la epau dangereuse, ou pleurer dans le taxi).
L'ensemble marche bien mais il faudrait une liaison entre NY et Paris - paris qui fait intime et NY un peu plus façon 'note de voyage'. Peut-être juste une entrée pour introduire l'idée de voyage. Ou bien je pourrais rajouter l'extrait de Voyage au bout de la nuit en question, pour évoquer le déplacement, ça pourrait peut-être aller, tout simplement.
D'ailleurs, si tu mets une ou 2 entrées sur Montréal, sur québec, ça restera dans la chronologie, ça fera moins rupture.
Si on rajoute des extraits de livres entre les pages, on est tjs ds l'idée ed journal intime, réminiscence de lecture ou au fil des livres qu'on lit en même tps qu'on vit...
En plus l'aspect 'un texte court pour un jour', ça me facilite le travail de découpage du texte pour la composition visuelle.

Penser aussi à la première page, ce qui va introduire les choses. Soit tu fais un txt exprès (qui peut être long, je vois bien en gris, tout petits caractères, grds espaces entre les lignes, cuvrant la page entière); soit je mets un extrait d'Auster ou de Burrought. As u wish.

Sinon je vais faire des essais avec ça, parce bon, ça urge un peu ;-)

15.4.02
 
donc j'ai dans mes poches :
- des fragments de journal sur paris (beaucoup...)
- des notes prises sur new york, québec city, montréal

tout est plus ou moins issu de mon journal (d'où l'écriture intime, le mélange très fréquent entre impressions/moments de vie et la ville)
tout est possible à retravailler, pourvu que tu me dises dans quel sens.

ah oui sinon ça n'a rien à voir mais ça doit valoir la peine de relire le bon vieux paul auster sur la déambulation dans la ville (je pense bien sûr à la trilogie new yorkaise)...

j'attends de tes nouvelles...


 
fragments de paris

11-10-01
avec T la nuit le long des quais. inconnus. clandestins. il est deux heures, trois heures du matin. le vent balaie les rues. je marche les mains dans les poches et T me parle de l'an passé, lorsque lui broyait du noir, que moi je voyais rouge. nous passons les boum-boum des boîtes, les lumières des grandes places. nous traversons l'eau noire, boueuse, de la Seine méandreuse. sur l'Ile de la Cité, la cathédrale se découpe comme un décor de papier mâché sur un fond de toile noire. assis sur un banc de pierre, entourés par l'eau et le murmure de la ville, c'est comme si le monde entier dormait en rond autour de nous.

06-12-01
les jardins du luxembourg dans le début d'hiver, très blancs, très doux, en même temps cassants comme l'air frais et le bois sec. de petits bateaux vont et viennent sur le miroir des fontaines. mathieu est un peu triste mais je voudrais qu'il comprenne, que c'est cette même tristesse douce et très lointaine qui fait la lucidité, la finesse, la justesse de la mélancolie dans la foule avide de bonheur en boîte (les cinémas affichent les baguettes magiques d'harry potter, sur le boulevard les gens se pressent dans les magasins pour s'acheter de belles fêtes de noël, à un moment je lui dis, parfois le monde tourne tellement vite ça me donne mal à la tête.)

J m'appelle pour me dire que je dois aller au luxembourg dans ce début d'hiver, qu'il y était le matin que tout était très blanc très doux, en même temps cassant comme l'air frais et le bois sec. place saint-sulpice, les cloches qui sonnent. rue férou, s'attendre toujours à voir surgir l'un des trois mousquetaires poursuivi par les gardes du cardinal. il fait froid, sur le boulevard saint germain je marche à petits pas. je marche à petits pas, dans la rue visconti tout à l'heure je ne me retournerai pas, je remonterai la rue comme un long couloir inconnu, à petits pas, je ne me retournerai pas, j'avancerai comme dans le rêve, les lumières pâles du soir les graffitti aux murs, tout au bout de la rue l'agitation du monde le bruit paris la civilisation.

18-12-01
le petit matin blanc dans les rues de Paris. je rentre chez moi tout doucement. les camions de livraison se vident sur les trottoirs, ils bouchent les rues, ça klaxonne, je zigzague entre les cartons de fringues et les cagettes de pommes.

il fait froid. j'ai la peau très très blanche. dangereuse. j'écris un peu n'importe quoi. il pleut. je fais griller du pain frais que je tartine de confiture. rouge framboise aux lèvres. des jours comme ça, j'ai besoin de cette matérialité-là. le bruit et l'odeur de la ville, le froid gris de la pluie, le corps tendu dans la fatigue, l'impression permanente de vivre à fleur de peau, que chaque chose me pénètre la chair comme un couteau.









 
je pense à L-F Céline soudain (une fois n'est pas coutume) : les villes nord-américaines sont debout. les villes européennes sont toutes allongées...

 
new york new york

new york, la ville étendue sur la mer. l'air libre, épais, qui flotte sur les rues comme un voile. manhattan de glace et de miroir. j'ai peur de me perdre, tout le temps, et pourtant, l'envie folle de me laisser aller à la foule, la foule bigarrée et sublime, qui parle tant de langues, et si fort, la foule qui dévale les rues comme liquide, étendue, jusqu'à rejoindre la mer.

 
décadence

Times Square, le bout de la civilisation. l'image fragmentée, mille fois répétée, dans les miroirs des buildings, dans les glaces, les panneaux, et le ciel. on ne distingue plus la nuit du jour. tout se fond, se confond. visages souriants, heureux, magnifiques gagnants de la société de consommation. tant de dents et tant de mains tendues en avant. la publicité reine mère, étalage du paradis promis. l'information qui circule sur des bandes passantes, tout en vrac et rien de trié. surcharge et surenchère. trop de bruit, trop de gens, trop de couleurs, la saturation des sensations. la foule qui se presse, fatiguée, poussant, cahin-cahant, mécanique. métropolis, le retour. j'ai le coeur qui déborde.


Times Square, la décadence. la civilisation poussée à son extrême, son délire, son paroxysme. le bout de la technique. dans le taxi pour rentrer, je ne peux plus me retenir de pleurer.